dimanche 2 juillet 2017

Morrighans - The Three Circles Of Death (2017)

Morrighans The Three Circles Of Death
Morrighans - The Three Circles
Of Death (2017)
Nouveaux venus dans la galaxie progressive française, Morrighans frappent fort avec The Three Circles Of Death, leur premier album publié en ce début d'année 2017. 

Le groupe est né en 2012 à Lyon, la célèbre capitale des Gaules. C'est tout naturellement que ses deux membres fondateurs, la chanteuse Fanny Thibert et le guitariste Laurent Wilb, ont choisi comme nom de scène celui de la déesse celte de la guerre, souvent symbolisée par trois corneilles annonciatrices de malheur. Ces trois sinistres oiseaux figurent sur la magnifique pochette du disque conçue par Fanny. Elle illustre à la perfection l'univers steampunk dont se revendiquent Morrighans. A l'origine simple courant littéraire, le steampunk s'est étendu aussi bien au cinéma qu'à la musique. Il puise son inspiration dans un XIXe siècle réinventé autour de sa révolution industrielle qui a changé à tout jamais la face du monde.

En 2015, Morrighans deviennent un véritable groupe suite à l'arrivée de nouveaux membres : le second guitariste Georges-Marc Lavarenne, le bassiste Richard Mantovani, ancien complice de Laurent au sein de son ancien combo The Mad Experience en 1991, Hervé Gambonnet à la batterie et Séverine Demmer aux claviers. Bien que provenant d'univers musicaux forts différents, tous ont en commun cette même passion pour la musique. 

The Three Circles Of Death alterne habilement ambiances atmosphériques crépusculaires aux frontières du gothique, et passages plus vigoureux lorgnant du côté du metal. On pense alors à Ayreon (The Reapper's Hand) ou aux Suédois d'Introitus sur l'épique tout en crescendo The Road. Le chant habité de Fanny évoque certaines grandes figures de la scène progressive internationale, en particulier Tracy Hitchings de Landmarq. Intra Nox Insomnia chanté en français, Schizophrenia à la limite de la folie, Angels Song abordant avec justesse la douloureuse perte d'un enfant, un The Dark Tide captivant d'un bout à l'autre ou la mystérieuse chanson titre The Three Circles Of Death au désespoir palpable, sont autant de titres générant une émotion certaine.

Album à la fois audacieux et ambitieux, il nous faut espérer que Morrighans persévèrent dans cette direction. La suite n'en sera que meilleure... 


Musiciens


Fanny Thibert : chant, claviers
Laurent Wilb : guitare
Georges-Marc Lavarenne : guitare
Séverine Demmer : claviers
Richard Mantovani : basse
Hervé Gambonnet : batterie

Titres


01. Melancholia
02. Mourning Song
03. Intra Nox Insomnia
04. The Reaper's Hand
05. Schizophrenia
06. The Road
07. Angels Song
08. The Awakening
09. The Dark Tides
10. Three Circles Of Death
11. Travel With Spirits

samedi 1 juillet 2017

Stackridge - The Final Bow, Bristol 2015 (2017)

Stackridge The Final Bow
Stackridge - The Final Bow,
Bristol 2015 (2017)
Attention, album événement ! Non seulement The Final Bow est l'ultime production de Stackridge, groupe britannique de folk progressif fondé à la fin des années 60, mais il est aussi le 500ème album du label Angel Air Records qui fête en cette année 2017 ses vingt ans d'existence. Spécialisé dans les musiques progressives et rock, il compte à son catalogue des artistes aussi intéressants que Renaissance, The Storys, Rob Thompson ou Davey Dodds.

En 1969, orphelins de leur ancienne formation Grytpype Thynne, Andy Davis (chant, guitares) et James "Crun" Walter (basse) mettent sur pied Stackridge Lemon avec James Warren (guitares, chant), Mike "Mutter" Slater (flûte, chant), Mike Evans (violon, chant) et Billy "Sparkle" Bent (batterie). Très vite, les six musiciens adoptent le seul nom de Stackridge et laissent tomber le "Lemon". Dans cette mouvance évanescente de fusion entre instruments rock (guitares, claviers...) et folk (violon, flûte...), Stackridge se démarque de ses contemporains comme le Fairport Convention en interprétant essentiellement ses propres compositions. Pas, ou peu, de reprises de chansons traditionnelles. Il en est ainsi sur leur premier album éponyme disponible en 1971. Quatre autres suivront dans les années 70, décennie durant laquelle Stackridge tournera avec les pointures de l'époque : Renaissance, Wishbone Ash, Camel, Elton John ou The Beach Boys. Après plusieurs changements de personnel, le groupe s’éteint en 1976.

Andy Davis et James Warren poursuivent leur collaboration en fondant The Korgis, groupe de new wave qui rencontrera un certain commercial au début des années 80. Il faut attendre 1999 pour que la machine Stackridge soit relancée autour de Warren, Mutter Slater et Crun Walter. Andy Davis ne réintégrera la bande qu'en 2002. A noter au sein de cette nouvelle mouture la présence de Tim Robinson, batteur des premiers albums de Magenta. A nouveau, Stackridge connaît une histoire mouvementée suite aux départs successifs de certains membres fondateurs et à l'arrivée de nouveaux éléments. Après avoir publié plusieurs albums forts honorables chez Angel Air Records, la formation se stabilise autour du duo Davis-Warren à partir de 2010.

A l'issu d'une émouvante tournée d'adieu, les deux musiciens décident de donner un ultime concert au Fiddlers Club de Bristol, le 19 décembre 2015. Ce soir-là, ils sont accompagnés de Glenn Tommey (claviers, chant), vieille connaissance qui a joué jadis sur le tout premier album de The Korgis en 1979, d'Eddie John (batterie) et de Clare Lindley (violon, guitare, chant) dont la douce voix n'est pas sans évoquée une certaine Heather Findlay...  L'ami de toujours Mutter Slater honorera le groupe de sa présence sur deux titres, Purple Spaceships Over Yatton et Slark. Toujours avec le même sens de la dérision, Stackridge offre un spectacle festif où la bonne humeur est de mise malgré une émotion palpable. Qui d'autre qu'eux aurait pu composer et interpréter Dora The Female Explorer en référence à la célèbre héroïne pour enfants ? 

Idéal pour se faire une idée de cette formation désormais culte, The Final Blow survole dans une ambiance bon enfant l'ensemble de sa carrière, du tout premier album de 1971 au dernier en date, A Victory For Common Sens, en passant par le Mr Mick de 1976 et son Fish In A Glass que n'aurait pas renié Supertramp.


Musiciens


Andy Davis : guitares, chant
James Warren : basse, chant
Clare Lindley : violon, guitare, chant
Glenn Tommey : claviers, chant
Eddie John : batterie

Mutter Slater : flûte, chant

Titres


1.01. Over The Horizon
1.02. The Road To Venezuela
1.03. The Last Plimsoll
1.04. Red Squirrel
1.05. Syracuse The Elephant
1.06. Fudamentally Yours
1.07. Highbury Incident
1.08. Teatime
1.09. God Speed The Plough
1.10. Long Dark River
1.11. Purple Spaceships Over Yatton

2.01. All I Do Is Dream Of You
2.02. Fish In A Glass
2.03. Something About The Beatles
2.04. No Ones More Important Than The Earthworm
2.05. Lost And Found
2.06. Boots And Shoes
2.07. The Final Bow
2.08. Lummy Days
2.09. Slark
2.10. Dora The Female Explorer
2.11. Do The Stanley Aviator Brass

vendredi 30 juin 2017

Steeleye Span - Wintersmith (2013)

Steeleye Span Wintersmith
Steeleye Span - Wintersmith (2013)
Fondateur du mouvement folk électrique aux côtés de Pentangle, Fairport Convention et Trees, Steeleye Span demeure méconnu en France. Sorti en 2013, Wintersmith est pourtant leur 22ème album studio depuis le cultissime Hark! The Village Wait de 1970.

Pour ce nouvel opus, le groupe s'est inspiré de l'œuvre du même nom de Terry Pratchett, traduite sous le titre L'Hiverrier dans nos contrées. Il s'agit du quatrième volume indépendant de la série Les Annales Du Disque-Monde, célèbre saga commencée en 1983. Cette nouvelle relate les aventures de Tiffany, jeune sorcière en apprentissage, devant faire face au génie de l'hiver tombé amoureux d'elle. Rituels anciens et danses secrètes sont aux menus de cette aventure.

Steeleye Span a d'ailleurs convié Pratchett à lire quelques passages. Bob Johnson, leur ancien guitariste entre 1972 et 1977, puis de 1980 à 2002 participe au chant. A noter la présence de deux autres invités de marque : Kathryn Tickell, déjà entendue auprès de Sting, à la cornemuse, et John Spiers au mélodéon (accordéon diatonique bi-sonore).

Habitué aux multiples changements de personnel depuis sa création, Steeleye Span est ici composé de Maddy Prior (chant), Peter Knight (violon, chant, piano), Rick Kemp (basse, chant), Liam Genockey (batterie, percussions), Peter Zorn (guitare acoustique, saxophone, chant), et du petit dernier, le guitariste Julian Littman, arrivé en 2010. Après cet album, Peter Knight, présent depuis 1971, s'en ira, suivi de peu par Peter Zorn qui décédera d'un cancer en 2015.

Steeleye Span s'est forgé une solide réputation relative à la qualité d'orfèvre de ses harmonies vocales. Le séduisant Wintersmith ne déroge pas à la règle. Fire & Ice en est l'exemple type : la voix cristalline de Maddy en ouverture cède la place à son comparse Rick, puis les deux s'unissent au reste du groupe afin de mieux gravir les sommets. Ces mêmes sommets sont atteints sur l'intrépide The Wee Free Men. Maddy déploie seule toute une panoplie d'émotions aussi bien sur la splendide ballade Ancient Eyes que sur un Band Of Teachers au refrain entêtant ou du tendre First Dance bercé par le violon rêveur de Peter Knight. 

Concept-album par excellence à l'inspiration certaine avec ses thèmes récurrents (The Dark Morris Song/The Dark Morris Tune), la version Deluxe de ce Wintersmith sortie en 2014 n'est pas dénuée d'intérêt. Le second disque comporte des titres inédits, l'extrait d'un concert donné lors du Wintersmith tour et deux démos. Que du bon !

Musiciens


Maddy Prior : chant
Peter Knight : violon, chant, piano
Rick Kemp : basse, chant
Liam Genockey : batterie, percussions
Julian Littman : guitare, chant, piano
Peter Zorn : guitare acoustique, saxophone, chant
Jessie May Smart : violon (CD2, titres 1 à 4)

Terry Pratchett : lecture
Kathryn Tickell : cornemuse
Bob Johnson : chant
John Spiers : mélodéon

Titres


1.01. Overture
1.02. The Dark Morris Song
1.03. Wintersmith
1.04. You
1.05. The Good Witch
1.06. Band Of Teachers
1.07. The Wee Free Men
1.08. Hiver
1.09. Fire & Ice
1.10. The Making Of A Man
1.11. Crown Of Ice
1.12. First Dance
1.13. The Dark Morris Tune
1.14. The Summer Lady
1.15. Ancient Eyes
1.16. We Shall Wear Midnight

2.01. To Be Human
2.02. Be Careful What You Wish For
2.03. Granny Aching
2.04. Just One Heart
Live
2.05. Ancient Eyes
2.06. The Dark Morris Tune
2.07. The Dark Morris Song
2.08. The Making Of A Man
2.09. Crown Of Ice
2.10. The Summer Lady
2.11. We Shall Wear Midnight
Démos
2.12. Ancient Eyes
2.13. The Wee Free Men

samedi 24 juin 2017

Renaissance - Novella (1977)

Renaissance Novella
Renaissance - Novella (1977)
Coincé entre Scheherazade And Others Sories (1975) et A Song For All Seasons (1978), Novella est un album peu connu de Renaissance. Il n'en demeure pas moins excellent et se classe au sommet de leurs meilleures productions.

Si, à sa sortie en 1977, Novella se différencie de ses prédécesseurs avec sa pochette d'inspiration médiévale conçue par Churchmouse et non plus par les célèbres studios Hipgnosis, il s'inscrit dans leur continuité sur le plan musical. Renaissance propose toujours ce savant dosage de musiques classiques, progressives et folks qui ont fait son succès. La présence d'un orchestre a de nouveau été requise. Richard Hewson s'est chargé de le diriger et a réalisé les arrangements. C'est à lui que l'on doit ceux du fameux Accross The Universe des Beatles. Il a également collaboré avec les Bee Gees, Supertramp et Fleetwood Mac.

Le guitariste Michael Dunford est au cœur des compositions. Trois sont cosignées avec Jon Camp et une avec John Tout. Comme sur les précédents opus, la poétesse Bettie Thatcher, retirée dans ses Cornouailles, a participé à l'écriture des paroles. Elle décédera en 2011 des suites d'un cancer, année de la réédition et remasterisation de Novella par la maison de disques Repertoire.

Toujours inventif, Renaissance ne recopie pas à l'identique les mêmes recettes usitées auparavant. De nouveaux ingrédients sont ajoutées telle la guitare espagnole sur The Sisters, magnifique complainte faisant suite au majestueux morceau d'ouverture aux airs d'opéra Can You Hear Me? s'étendant sur treize minutes frénétiques. Autre nouveauté, John Tout délaisse partiellement son piano et utilise toute une gamme de synthétiseurs dont le Moog. Le saxophone est un autre instrument que l'on peut entendre pour la première fois sur un album de Renaissance. Il fait une brève apparition sur le second épique Touching Once à l'ambiance cabaret. 

Bien évidemment, Annie Haslam brille tout au long de cet album. Son chant inimitable rend unique chaque pièce et donne vie aux cinq histoires qui se succèdent, de la ballade romantique The Captive Heart à l'intrigante Midas Man qui trouve sa source dans la mythologie antique. Selon la légende, ce roi transformait en or tout ce qu'il touchait. Tout aussi précieux, Novella est de cette même substance.


Renaissance


Annie Haslam : chant
Michael Dunford : guitares acoustiques, chant
John Tout : claviers, chant
Jon Camp : basse, guitare acoustique, chant
Terence Sullivan : batterie, percussions, chant

Titres


01. Can You Hear Me?
02. The Sisters
03. Midas Man
04. The Captive Heart
05. Touching Once

jeudi 22 juin 2017

Pentangle - Open The Door (1985)

Pentangle Open The Door
Pentangle - Open The Door (1985)
Alors que l'année 1985 est marquée par le cultissime The Head On The Door de The Cure, Pentangle, groupe phare de la scène folk des années 60-70 revient par la grande porte avec son Open The Door, premier album depuis Solomon's Seal remontant à... 1973. 

Après sa dissolution, ses deux piliers, les guitaristes John Renbourn et Bert Jansch ont poursuivi chacun de leur côté une carrière en solo. A la fin des années 70, Renbourn fonde The John Renbourn Group spécialisé dans la musique médiévale avec une certaine Jacqui McShee au chant. Cette dernière posera également sa voix sur un titre du Thirteen Down de Jansch en 1980. Entre deux apparitions, elle profite de son temps pour se consacrer à sa famille. Danny Thompson et le batteur Terry Cox deviennent des musiciens de sessions. Le premier pour John Martyn et le second accompagne régulièrement Charles Aznavour entre 1974 et 1982. 

Les cinq musiciens se retrouvent en 1982 pour une tournée exceptionnelle en Europe et en Australie. De là, germe l'idée d'une reformation sur le long terme et d'un retour en studio. Seul Renbourn lâche l'affaire, il choisi de reprendre ses études afin d'étudier la musique classique au prestigieux Dartington College of Arts dans le Devon. Il est alors remplacé par Mike Piggott également joueur de violon. 

Cet instrument enrichit considérablement la musique du Pentangle des origines. Il se retrouve même en duo avec une Jacqui très en forme sur l'énergique Dragonfly où la contrebasse de Thompson réalise des merveilles. Tous les titres sont des compositions originales, à l'exception de deux chansons folkloriques traditionnelles, le bien nommé morceau d'ouverture Open The Door qui propose une confrontation McShee/Jansch sans concession, et Yarrow à l'introduction poignante, interprétée a cappella par Jacqui. Mother Earth est une reprise du célèbre compositeur brésilien Milton Nascimento qui l'interprétera quelques années plus tard sur scène avec Jon Anderson de Yes. 

Grâce à Open The Door, Pentangle réalise un retour honorable. Durant la décennie suivante, quatre autres albums de qualité inégale suivront. La légende continue...



Musiciens


Jacqui McShee : chant
Bert Jansch : chant, guitare acoustique
Mike Piggott : violon, guitares
Danny Thompson : contrebasse
Terry Cox : batterie, percussions, chant

Titres


01. Open The Door
02. Dragonfly
03. Mother Earth
04. Child Of The Winter
05. The Dolphin
06. Lost Love
07. Sad Lady
08. Taste Of Love
09. Yarrow
10. Street Song

dimanche 18 juin 2017

The Morrigan - Rides Out (1990)

The Morrigan Rides Out
The Morrigan - Rides Out (1990)
Héritier des Pentangle, Steeleye Span, Fairport Convention et ancêtre de Mostly Autumn ou Karnataka, The Morrigan est de retour en 1990 avec son deuxième album, Rides Out. Cinq longues années d'intervalle ont été nécessaires entre cette nouvelle production et sa première œuvre Spirit Of The Soup

Durant ce lapse de temps, le trio formé de Cathy Alexander, Colin Masson et Cliff Eastabrook a accueilli en son sein deux musiciens complémentaires. Ainsi, le batteur Archie fait son entrée en 1988 suivi de Melanie Byfield aux vocaux et claviers. Cette même année est marquée par un événement important : le mariage de Cathy et Colin.  

En cette fin de décennie, la troupe devenue quintet entre en studio l'esprit créatif. Pourtant, Rides Out nécessitera plus d'un an de travail épuisant. La faute en revient au mauvais matériel d'enregistrement mis à disposition par leur ami John Hayward, futur membre du groupe. Pour l'heure, les pannes se succèdent, ce qui crée tensions et frictions. Melanie s'en ira ainsi vers d'autres cieux à peine le disque sorti.

Avec Rides Out, The Morrigan poursuit sa voie originale entre folk traditionnel et rock progressif. Aux côté des guitares électriques et claviers plus présents que précédemment, s'ajoutent clavecin, flûtes ou fiddle. Si les quelques soli de guitare de Colin font mouches comme sur The Rakes Of Kildare / Bedtime Stories, le jeu de basse de Cliff est bluffant, à mi-chemin entre Chris Squire de Yes et Jon Camp de Renaissance. Bien évidemment, l'atout majeur de The Morrigan demeure Cathy Alexander à la voix si énigmatique évoquant Jacqui McShee. Mêlée à celle de Melanie, elles font de Corpus Christi une pièce mystique de toute beauté. En revanche, la folie prend le dessus sur l'inquiétant Tom O'Bedlam, sombre conte populaire remontant au XVIIe siècle où il est question d'asile insalubre et de mendiants ayant perdu la raison.  

Malgré une production qui laisse à désirer, Rides Out demeure un disque honnête de bonne facture. Il est le fruit d'un travail collectif réunissant des musiciens d'horizons diverses. Si Cathy a reçu une formation classique dans sa jeunesse et ne s'est intéressée au folk celtique que bien plus tard, la formation musicale de Cliff est le heavy metal, tandis qu'Archie vient du rock et Colin trouve ses racines dans les musiques progressives et classiques. Un joli cocktail à découvrir !


Musiciens


Cathy Alexander : chant, claviers, flûtes, clavecin
Colin Masson : guitares, chant
Cliff Eastabrook : basse, chant, percussions
Archie : batterie, percussions, chant
Melanie Byfield : chant, claviers, percussions

Cath Watkins : fiddles
Gary Miles : chant
John Hayward : chant

Titres


01. The Morrigan Rides Out
02. Night Comes Closer
03. The Rakes Of Kildare / Bedtime Sories
04. The Black Nag
05. Girls Will You Take Him / Four Times Over
06. The Well Below The Valley
07. Busketts Folly
08. Corpus Christi
09. Tom O'Bedlam / Allemande

samedi 17 juin 2017

Iona - Another Realm (2011)

Iona Another Realm
Iona - Another Realm (2011)
Suite au message de Dave Bainbridge en date du 11 décembre 2016 annonçant la fin de Iona, il semble désormais acquis qu'Another Realm soit le dernier album de cette formation de rock progressif et celtique unique en son genre.

Paru en 2011, Another Realm est le seul album studio de Iona sur lequel n'apparaît pas Troy Donockley, que ce soit en tant que membre à part entière ou en simple invité. Parti rejoindre Nightwish, il a cédé sa place à Martin Nolan joueur de uilleann pipes et de whistles. Avant d'intégrer sa nouvelle famille, Martin a publié sous son nom deux albums de musique folklorique irlandaise, Travel'n Style puis Bright Silver Dark Wood. Son recrutement s'est effectué sur recommandation du mari de Moya Brennan. Séduit par ses talents de musicien et son ouverture d'esprit, Dave lui a grandement ouvert les portes.

Another Realm a la particularité d'être le premier double album de Iona. Si ce n'était pas prévu au départ, l'idée s'est imposée d'elle-même au regard de la qualité du matériel accumulé durant les sessions d'enregistrement. Comme souvent chez Iona, les nouveaux morceaux sont nés de séances d'improvisations en studio. Il en est ainsi de The Fearless Ones, Ruach, instrumental sur lequel brille le violon de Frank van Essen, ou du majestueux épique An Atmosphere Of Miracles s'étendant sur une quinzaine de minutes.  

Jamais le chant de Joanne Hogg n'a été aussi envoûtant. Désormais épanouie et s'assumant pleinement, elle habite intensément chacune des chansons, à l'image de The Ancient Wells à l'interprétation sans faille. Elle en cosigne dix et en signe seule trois : Clouds aux accents progressifs, Foreign Soil, plus folk, et Saviour qui semble extraite de son album solo Personal. Davantage impliquée, c'est à elle que l'on doit ce ton religieux plus direct par rapport aux précédentes productions. Si Iona n'a jamais caché puiser son inspiration au cœur des racines celtiques du monde chrétien, saint Colomban en particulier (As It Was, As It Shall Be), le spirituel s'impose davantage sur Another Realm, que ce soit à travers les textes synonymes de prières adressées à Dieu, ou sur la pochette, avec ce cavalier et cette épée levée, symbole de l'Esprit saint. Pour l'anecdote, ce cavalier n'est autre que Joanne elle-même. Les photos de la couverture et du livret ont été prises près de chez elle, sur la côte nord-irlandaise.

La production soignée, maîtrisée d'un bout à l'autre par Dave Bainbridge, offre de belles envolées instrumentales. La guitare se fait flamboyante sur le final de Clouds tandis que les claviers deviennent symphoniques sur le second épique d'une beauté à pleurer, White Horse. Les instruments traditionnels ont également leur place au sein de cette musique contemporaine d'exception : bouzouki (Speak To Me), cornemuse (As It Shall Be), violon (Ruach), flûte (Foreign Soil) et chophar, trompe au son ethnique construite à partir d'une corne de bélier, joué ici par Wytze Valkema, originaire des Pays-Bas, sur un The Fearless Ones surprenant.  

Another Realm fait partie de cette catégorie d'albums nécessitant du temps et de l'attention avant d'être appréciés à sa juste valeur. A l'instar de ses prédécesseurs, il occupe une place primordiale dans la discographie du groupe. Tous sont de véritables bijoux, taillés avec minutie afin de se trouver élevés à l'échelle d'œuvres d'art à part entière.



Musiciens


Joanne Hogg : chant, claviers, percussions
Dave Bainbridge : guitares, bouzouki, claviers, autoharp, percussions
Frank van Essen : batterie, percussions, violon, alto, chant, glockenspiel, claviers
Phil Barker : basse
Martin Nolan : uilleann pipes, whistles, chant

Debbie Bainbridge : chant
Evie Bainbridge : chant
Wytze Valkema : chophar

Titres


1.01. As It Was
1.02. The Ancient Wells
1.03. Another Realm
1.04. Clouds
1.05. An Atmosphere Of Miracles
1.06. Let Your Glory Fall

2.01. Ruach
2.02. Speak To Me
2.03. And The Angels Dance
2.04. Foreign Soil
2.05. Let The Waters Flow
2.06. Saviour
2.07. The Fearless Ones
2.08. White Horse
2.09. As It Shall Be

dimanche 11 juin 2017

Troy Donockley - Messages (2011)

Troy Donockley Messages
Troy Donockley - Messages (2011)
Inutile de présenter Troy Donockley, le plus célèbre joueur d'uilleann pipes (cornemuse irlandaise) et de whistles (flûtes irlandaises) de la scène progressive contemporaine. Ancien membre de Iona qu'il a quitté en 2009 pour intégrer Nightwish, il a joué avec un nombre considérable d'artistes, de Maddy Prior à Barbara Dickson en passant par Mostly Autumn, Magenta ou Karnataka.  

En parallèle à ces multiples collaborations et en l'espace d'une décennie, il a sorti sous son seul nom trois splendides albums d'une qualité exceptionnelle : The Unseen Stream (1998), The Pursuit Of  Illusion (2003) et The Madness Of Crowds (2009). Messages, compilation mise sur le marché en 2011, rassemble une sélection d'extraits de ces trois disques, plus deux inédits : For Him Who Will Never Return, chanson traditionnelle réarrangée, et Dunmail Rising inspirée de la beauté sauvage de Lake District, région montagneuse du Nord-Ouest de l'Angleterre, sur laquelle on découvre le violon virevoltant de Peter Knight du Fairport Convention. 

Barbara Dickson, Heather Findlay (ex-Mostly Autumn), Olivia Sparnenn (Mostly Autumn) et surtout Joanne Hogg (Iona), absolument fabuleuse sur Pursuit Of Illusions, titre qui mérite à lui seul l'achat de cette compilation voire de l'album du même nom, sont les quatre grandes voix féminines enchanteresses que l'on croise au fil des titres. La musique de Troy, complexe, demeure difficile à définir. Elle se veut à la fois savante, classique, sacrée, progressive, expérimentale, celtique et folklorique. 

Messages est le reflet fidèle de l'univers artistique de Troy Donockley, multi-instrumentiste inspiré et talentueux, l'un des plus doués de sa génération, mais aussi des plus convoités. Compilation indispensable à toute bonne discothèque de référence qui se respecte.

Titres


01. Sights
02. For Him Who Will Never Return
03. Now, Voyager
04. Fragment
05. Orkahaugr
06. Finlandia
07. Dunmail Rising
08. Pursuit Of Illusion
09. Tunnels
10. The Procession

samedi 10 juin 2017

Barbara Dickson - Words Unspoken (2011)

Barbara Dickson Words Unspoken
Barbara Dickson - Words Unspoken
(2011)
Avec Words Unspoken, son nouvel album paru en 2011, Barbara Dickson poursuit sa collaboration avec Troy Donockley entamée en 2004 sur Full Circle. Outre la multitude d'instruments dont il a la charge (guitares, cornemuse, whistles, bouzouki, claviers, percussions), Troy a également produit et arrangé ce disque. Ensemble, ils ont composé The Magical West située en première piste. Unique composition originale, ce morceau aux accents celtiques, n'est pas sans rappeler Iona, l'ancien groupe de Troy, ou Clannad

Les musiciens qui les accompagnent ne sont pas des inconnus à leur univers. Déjà présent à l'époque de Time & Tide (2008), le batteur de Iona, Frank van Essen, est de retour. Il assure la rythmique avec le bassiste Brad Lang. Nick Holland, vieux complice de Troy, partage le chant avec Barbara sur quelques titres. Troy et lui ont joué également avec Maddy Prior sur plusieurs de ses albums solos de la fin des années 90 et du début des années 2000. Andy Dinan (fiddle) et Lucy Muir (harpe) sont également des proches de Troy. Le premier a été membre de The Bad Shepherds, autre groupe de Troy qui a pour originalité de reprendre des classiques punks à l'aide d'instruments folk. Quant à la seconde, on a pu l'entendre sur The Madness Of Crowds, son troisième album solo sorti en 2009. 

Words Unspoken est un album varié, servi par des arrangements subtils au service d'une grande voix. Les douze titres enregistrés se répartissent entre composition originale (le déjà cité The Magical West), chant de Noël (Personnent Hodie), passages a cappella (Will Ye Gang Love? sur plus de trois minutes extraordinaires), reprise (magnifique version du Bridge Over Troubled Water, ode à l'amitié signée Paul Simon) et chansons folk traditionnelles, écossaises essentiellement. Celles-ci sont porteuses de messages à caractère social, aux dénouements souvent tragiques. Ainsi, The Trees They Do Grow High, déjà interprétée par Joan Baez en 1961, puis par bien d'autres à sa suite comme Pentangle, Steeleye Span ou Sarah Brightman, aborde la délicate question des mariages arrangés d'antan. Jamie Raeburn raconte l'histoire d'un pauvre boulanger de Glasgow accusé d'un vol qu'il n'a pas commis, puis condamné au bagne dans les colonies, loin de chez lui et de ses proches. La version très émotionnelle de Smile In Your Sleep rappelle que cette chanson a été écrite en mémoire des Highland Clearances du XIIIe siècle, nom donné au déplacement forcé des populations écossaises habitant ces régions montagneuses reculées et qui a engendré de véritables tragédies humaines. 

My Donald, Kishmul's Galley et King Orfeo sont d'autres petites perles bien ciselées qu'il serait dommage de ne pas mentionner explicitement. Words Unspoken regorge de ces moments de grâce qui en font un album à part dans la discographie déjà bien fournie de la chanteuse écossaise à la voix de cristal.  


Musiciens


Barbara Dickson : chant, guitare acoustique

Troy Donockley : guitares, cornemuse, flûtes irlandaises, bouzouki, claviers, percussions, chœurs
Brad Lang : contrebasse, basse, chœurs
Frank van Essen : violon, alto, batterie
Nick Holland : chant
Andy Dinan : fiddle
Lucy Muir : harpe

Titres


01. The Magical West
02. Jamie Raeburn
03. Ythanside
04. The Trees They Do Grow High
05. Will Ye Gang Love?
06. Smile In Your Sleep
07. My Donald
08. Personent Hodie
09. Kishmul's Galley
10. Ca' The Yowes
11. King Orfeo
12. Bridge Over Troubled Water

vendredi 9 juin 2017

Loreena McKennitt - The Visit (1991)

Loreena McKennitt The Visit
Loreena McKennitt - The Visit (1991)
Loreena McKennitt poursuit sa mue avec The Visit disponible en 1991. Tout en continuant à explorer les civilisations celtiques anciennes, elle élargit son champ de recherche en regardant davantage vers l'Orient et le Sud. All Souls Nights en ouverture et l'instrumental Tango To Evora sont le résultat de cette nouvelle orientation.  

Les neuf titres présentés se partagent entre compositions originales, à l'instar des deux titres cités ci-dessus, chansons folkloriques traditionnelles comme le célèbre Greensleeves ou Bonny Portmore, et adaptation de textes d'auteurs classiques. Shakespeare est l'un d'eux. Loreena a utilisé un extrait de sa pièce Cymbeline mettant en scène le roi breton du même nom en proie à l'invasion des Romains. Morceau fleuve de onze minutes, le texte de Lady Of Shalott est signé Alfred Lord Tennyson, célèbre poète de l'époque victorienne. La chanteuse narre sous forme de complainte l'histoire tragique d'une princesse qui ne peut voir le monde que par l'intermédiaire d'un miroir et qui tisse ce qu'elle voit sur une tapisserie.

Outre son intérêt manifeste pour l'histoire, Loreena aborde d'autres thèmes qui lui sont chers. Bonny Portmore et Courtyard Lullaby sont toutes deux, à leur manière, porteuses d'un message écologique. La première est un hymne au Grand Chêne du château de Portmore en Irlande, en réponse aux forêts dévastées par l'homme au fil des siècles sur cette terre celte. La seconde fait référence au mystérieux cycle des saisons. Poussant encore plus loin sa réflexion, Loreena s'interroge également sur la place de chacun dans ce monde, ainsi que sur notre relation avec l'au-delà, à travers All Souls Nights, Cymbeline ou bien l'intense The Old Ways, un des plus beaux titres de son répertoire.

Déjà présent sur l'album précédent Parallel Dreams, Brian Hughes est passé du statut de simple musicien à celui de coproducteur. Autre futur pilier de l'équipe de Loreena, l'archer Hugh Marsh fait ici une première apparition remarquée au fiddle. Comme à l'accoutumée, instruments traditionnels (harpe, accordéon, sitar, violoncelle, cornemuse, balalaika, bodhran...) côtoient le plus naturellement du monde instruments modernes contemporains. 

The Visit est un album de transition dans la carrière de la chanteuse qui regarde désormais vers de nouveaux horizons. Les suivants ne feront qu'accentuer et préciser cette nouvelle option qui s'annonce des plus passionnantes. 


Musiciens


Loreena McKennitt : chant, claviers, accordéon, harpe, bodhran

Brian Hughes : guitares, balalaika
George Koller : basse, fiddle, violoncelle, percussions, sitar
Tom Hazlett : basse
Al Cross : batterie
Rick Lazar : percussions
Anne Bourne : violoncelle
Patrick Hutchinson : cornemuse
Hugh Marsh : fiddle

Titres


01. All Souls Nights
02. Bonny Pormore
03. Between The Shadows
04. The Lady Of Shalott
05. Greensleeves
06. Tango To Evora
07. Courtyard Lullaby
08. The Old Ways
09. Cymbeline